Préparation physique et mentale, nutrition en mer et à terre : les facteurs-clés de la performance
Mercredi 6 mai 2026
Chez les sportifs de haut niveau, l’hygiène de vie est une seconde nature, une évidence. Pour les navigateurs, l’exigence est encore plus forte : en mer, ils doivent composer avec la privation de sommeil, le stress, les conditions météo, une alimentation irrégulière.
À quelques jours du départ de La Solitaire du Figaro Paprec, 4 skippers -Loïs Berrehar (Banque Populaire), Quentin Mocudet (Saveurs & Délices), Eliaz Morineau (Demain sans HPV) et Paul Morvan (Foricher Les Moulins - French Touch)- détaillent la manière dont ils se préparent pour être au rendez-vous.

Paul Loiseau (Région Bretagne - CMB Espoir) et Lola Billy (Région bretagne - CMB Océane) © Romain Marie / Région Bretagne - CMB
Un travail physique continu, ajusté selon les périodes
La préparation physique s’inscrit dans un travail continu tout au long de l’année. L’intensité et la nature des efforts évoluent toutefois à l’approche des compétitions. En hiver, les marins privilégient le renforcement musculaire et le cardio afin de développer force et endurance. À l’inverse, à l’approche d’une course, l’objectif devient de maintenir la forme sans générer de fatigue excessive ni risquer la blessure.
Eliaz Morineau (Demain sans HPV) s’entraîne principalement en autonomie : « Je fais beaucoup de gainage, de la musculation au poids du corps et de la course à pied. J’aime aussi surfer et marcher. A l’approche de la Solitaire, comme je suis pris par la préparation de la course et qu’on s’est quand même bien fait mal sur le Trophée Banque Populaire Grand Ouest, je privilégie le yoga, les étirements pour récupérer. » Même logique du côté de Quentin Mocudet (Saveurs & Délices), venu du circuit Mini 6.50 : « Cet hiver, j’ai accentué ma préparation en vue de ma saison en Figaro Beneteau 3, avec un programme accès sur le renforcement musculaire et le cardio. »
Certains bénéficient d’un encadrement plus structuré. C’est le cas de Paul Morvan (Foricher Les Moulins – French Touch) : « On bénéficie de préparations encadrées en salle et en piscine avec le Pôle Finistère Course au Large, auxquelles j’ajoute une ou deux séances de course à pied par semaine. Avant les courses, j’effectue un travail moins traumatisant pour arriver frais sur la ligne de départ. »
Loïs Berrehar (Banque Populaire), qui s’apprête à prendre le départ de sa septième Solitaire, a besoin que sa préparation physique soit synonyme de plaisir : « Je suis un peu allergique aux salles de sport, je préfère la pratique en plein air. J’aime faire du vélo, ça travaille l’endurance. Je suis également très adepte des sports nautiques : voile, surf, wingfoil… J’ai besoin que ce soit ludique. En hiver, on est forcément plus en intérieur, on travaille le gainage, le renforcement musculaire, le cardio. A l’approche d’une course, la préparation physique est plus légère. L’idée est de rester actif mais de ne pas trop pousser. »

Yoann Richomme (Paprec) © Julien Champolion/Polaryse
Se préparer à l’incertitude
Entre météo instable, fatigue et décisions stratégiques permanentes, la course au large impose un stress constant. Pour y faire face, de nombreux skippers se font accompagner.
Loïs Berrehar explique : « Un préparateur mental aide à se mettre dans le bon état au bon moment. Pour moi, c’est aussi important que le physique ou la technique. » Eliaz Morineau a bénéficié de conseils d’une amie préparatrice : « Elle m’a partagé des méthodes, je les ai en tête et ça m’aide. J’aime avoir des échanges avec des professionnels ; par exemple avec Lorient La Base – Course au Large, on a eu une formation avec un médecin du sommeil, j’ai pris en note plein de choses que j’essaie d’appliquer. C’est aussi l’intérêt des pôles de formation, surtout pour les projets à petit budget comme le mien. »
Pour Quentin Mocudet, cet accompagnement est précieux dans sa progression : « Ça m’aide à prendre du recul sur l’exigence que je peux avoir envers moi-même et à mieux mesurer mes progrès. » Enfin, Paul Morvan utilise également la préparation mentale pour prendre de la hauteur : « En course au large, il y a beaucoup de paramètres sur lesquels on ne peut pas avoir d’influence : la vitesse, le vent, les condition météo… La préparation mentale m’aide à préserver mon énergie pour les choses que je peux maîtriser. Je fais beaucoup de sophrologie, de respiration, de pensées positives. C’est un vrai plus pour la confiance en soi. »
Bien s’alimenter pour mieux performer
A terre comme en mer, bien manger permet de mieux endurer l’effort et la privation de sommeil. Et quand on sait que les Figaristes sont à l’affût de la moindre opportunité pour gagner du terrain en course, on imagine bien l’importance de l’alimentation pour ces marins.
« Je sens que dès que je ne mange pas pendant 24 heures parce que les conditions ne le permettent pas, je suis plus fatigué mentalement, nerveusement. D’où l’importance de bien manger et régulièrement, explique Quentin Mocudet. J’ai travaillé avec un nutritionniste il y a quelques années lors de mes saisons en Mini. Désormais, en mer, je suis carré, j’aime avoir un sac par jour avec toutes mes calories, mes barres protéinées, les plats lyophilisés, les compotes. Il faut vraiment faire attention à notre apport calorique. Dans les moments intenses, on a du mal à manger correctement alors que ce sont les moments où on devrait être le plus attentif. On a tendance à ne pas se nourrir suffisamment ou à consommer des aliments très sucrés qui ne vont pas nous apporter grand-chose sur le long terme. ». Paul Morvan rebondit : « Je me suis rendu compte que mon alimentation avait un impact sur mon corps -mon dos et mes articulations par exemple-, mais également sur ma concentration et mon sommeil. Maintenant je mets plus de rigueur dans la nutrition et l’hydratation toute l’année. Et avec BeYou Racing, on bosse pas mal sur les repas en mer, pour avoir un apport calorique et en énergie, tout en ne perdant pas trop de temps dans leur préparation. »
Cependant, Eliaz Morineau reconnaît qu’il est plus compliqué d’avoir une alimentation saine pendant la saison qu’en hiver. Mais il est désormais plus vigilant sur ce qu’il embarque en mer : « J’ai arrêté toutes les sucreries, je privilégie les protéines et les fibres. J’accorde également un budget plus important aux plats que j’emporte à bord. Et je prends plutôt des appertisés que des lyophilisés, cela me permet de les consommer froids si je n’ai pas le temps. ». Des propos confirmés par Loïs Berrehar : « En mer, c’est moins facile de manger varié. Tu as vite fait de manger n’importe quoi pour privilégier le temps passé à la barre. Or, si tu ne manges pas bien ou pas assez, tu n’auras pas d’énergie. Et à l’inverse, il ne faut pas manger trop lourd non plus. Il faut s’adapter à la physionomie du parcours, manger dès que possible pour éviter d’être uniquement dans le grignotage, sinon on récupère mal. »
Des ressources variables selon les projets
Lors des escales, certains marins optimisent également leur récupération en évitant les repas au restaurant. Loïs Berrehar bénéficie ainsi d’une cuisinière, tandis que Paul Morvan peut compter sur le soutien familial pour maintenir une alimentation équilibrée. Mais tous ne disposent pas des mêmes ressources.
« C’est vraiment génial parce qu’on mange plus équilibré et on gagne du temps. C’est l’avantage d’être dans une grosse équipe, c’est sûr », explique Loïs. De son côté, Paul Morvan profitera des talents culinaires de… sa maman : « On essaie d’établir les menus à l’avance pour avoir un apport équilibré. Tout est prêt, on ne perd pas de temps et on évite de manger gras. » Le navigateur poursuit : « Avoir un accompagnement aide, c’est évident. Tu peux influencer ces paramètres de la performance qui viennent autour de la navigation ». Pour Eliaz Morineau qui gère son projet seul, il est difficile d’avoir le temps pour tout : « Je suis skipper, préparateur, je fais la communication, la comptabilité… Quand tu as moins de moyens, tu as moins de temps, donc tu dois faire des choix. Et parfois, je fais l’impasse sur le sport, même si c’est une énorme frustration. »
En conclusion, Loïs Berrehar nuance toutefois : « Les moyens comptent, mais l’expérience joue aussi. Je vais participer à ma 7ème Solitaire, je sais comment je dois me préparer, ce que je dois manger, je connais le schéma idéal. »

Loïs Berrehar (Banque Populaire) © Gautier Lebec / BPCE

